Article publié dans Sud-Ouest le 7 Février
Voilà tout juste trois semaines, à Rochefort, lors d’une conférence de presse épique au cours de laquelle les adhérents du Modem étaient passés à deux doigts de la guerre civile, Alexis Blanc, président du mouvement centriste en Charente-Maritime, s’était fendu d’un long discours afin de justifier son ralliement à Ségolène Royal. Il avait ainsi expliqué qu’aucune tête de liste départementale n’était désignée, qu’on ne connaissait pas les candidats susceptibles de figurer sur des listes crédibles, que le Modem ne disposait d’aucun projet pour la région pas plus que des moyens financiers pour mener campagne.
« Au coeur des réalités »
Hier matin, aux portes de Poitiers, Pascal Monier, tête de liste régionale de l’équipe formée par le Modem et Alliance Écologie, a longuement présenté les leaders de chaque département, dévoilé la composition des listes qui seront déposées dès cette semaine. Puis il a pris un malin plaisir, lui qui désormais enseigne l’économie à la fac de Poitiers après avoir dirigé l’IUT d’Angoulême, à se fendre d’un cours magistral afin de détailler le programme.
Un moment à l’évidence jubilatoire, partagé par Élisabeth Delorme-Blaizot, la seule élue sortante du Conseil régional. Elle avait d’ailleurs refusé, il y a deux ans, l’offre de Ségolène Royal qui lui proposait une vice-présidence.
Il y a trois semaines, Mme Delorme-Blaizot faisait face à M. Blanc et tous deux s’étaient envoyé quelques amabilités à la figure. Elle avait promis qu’il y aurait une liste Modem, accusant son contradicteur d’« entreprise démagogique de dénigrement, de déstabilisation contraire aux statuts ».
Hier, elle a tenu sa promesse. Et désormais, pour Ségolène Royal, ses cinq « centristes humanistes », comme elle les appelle, sont à l’évidence plus un handicap qu’un atout.
Ils focalisent la colère de nombre de socialistes - pas impossible que certains franchissent le pas en se présentant sur des listes du Front de gauche -, ils sont la risée de quantité de gens de droite comme de gauche qui les accusent (pour les plus mesurés) d’« aller à la soupe ».
« Notre liste est composée de gens qui sont au coeur des réalités socio-économiques de notre région, nos listes sont à l’image de cette terre de Poitou-Charentes, équilibrée, engagée », a résumé Pascal Monier.
« Je porte l’éthique »
Des listes équilibrées mais variées. Qu’on en juge. Le chef de file de la Charente-Maritime est Jean-Noël Debroise, président national de… Génération Écologie, ce qui rappellera leur jeunesse à Brice Lalonde et Jean-Louis Borloo, ses fondateurs.
Dans la Vienne, en tête, Nicolas Turquois, agriculteur. Céréalier irriguant. Qui n’attend qu’une chose : que ses collègues l’accompagnent afin de mieux faire son métier en protégeant la nature. Même démarche pour Pierre Bureau, tête de liste dans les Deux-Sèvres, transporteur routier. Qui en a marre de cette société « où le chien se mord la queue », où « il faut sans arrêt surdimensionner les capacités de production pour que les entreprises soient viables. En oubliant qu’au coeur de tout cela, il y a l’homme ».
En souvenir de ses amis partis ailleurs, Pascal Monier a une formule : « Ils mènent leur vie individuelle, leurs envies individuelles, moi je porte l’éthique. » Et d’ajouter : « Dans le tumulte et le brouhaha, nous n’étions pas en situation de porter un discours clair et fort. Aujourd’hui, c’est le cas. » Il veut s’en persuader, ces élections lui permettront de mettre en place une nouvelle politique, de « sortir du trompe-l’oeil et du slogan pour être dans le vrai des mesures, pas dans l’artifice ».
Une dernière phrase qui appelle la mention habituelle : « Toute ressemblance avec une personne connue ne serait que pure coïncidence. »
Auteur : Patrick Guilloton, source : Sud-Ouest.com
(photo : Alain Burnet)





